Louis Durey

Track Listings

DUREY REDISCOVERED

Jocelyn Dueck, pianist

 

 

Six Madrigaux de Mallarmé, opus 22a (1919)

William Burden, tenor

 

1. Offert avec un verre d’eau

Offert avec un verre d’eau

Ta lèvre contre le cristal

Gorgée à gorgée y compose

Le souvenir pourpre et vital

De la moins éphémère rose.

 

Given with a glass of water

Given with a glass of water

Your lip against the crystal

From one swallow to the next composing there

The memory, purple and alive,

Of the less ephemeral rose. 

 

2. Jour de l’an

Ne t’inquiète pas! souci,

Hasard, tout un an je souhaite

Que rien n’étonne ton sourcil

Vaste comme un vol de mouette.

 

Day of the year

Don’t fret! Worry,
Chance, for a whole year I hope

That nothing may trouble your brow

Vast as a gull’s flight.

 

3. Départ

Les seuls fruits d’or sont où vous êtes

N’allez pas vous enfuir demain

Et le ciel reprendra ses fêtes

Sur un signe de votre main.

 

Departure

The only golden fruits are where you are

Do not flee tomorrow

And the sky will resume its celebrations

At a sign from your hand.

 

4. Eventail I

Fermé, je suis le sceptre aux doigts

Et contente de cet empire.

Ne m’ouvrez, aile, si je dois

Dissimuler votre sourire.

 

Fan I

Closed, I am the fingers’ scepter,

And content with this empire.

Do not unfold me, wing, if I

Must conceal your smile.

 

5. 1er Avril 1887

Voici la date. Tends un coin

De ta fraîche bouche étonnée

Où la nature prend le soin

De te rajeunir d’une année.

 

April 1, 1887

Here is the date. Stretch a corner

Of your cool, surprised mouth,

Where nature takes care

To make you one year younger.

 

6. Eventail II

Là-bas, de quelque vaste aurore,

Pour que son vol revienne vers

Ta petite main qui s’ignore

J’ai marquè cette aile d’un vers.

 

Fan II

Down there, from some vast dawn,

So that its flight might find its way back to

Your small and heedless hand,

I have marked this wing with a verse.

 

 

Deux Lieder Romantiques, Heinrich Heine, opus 20 (1919)

Sidney Outlaw, baritone

 

7. Mon pâle visage

Mon pâle visage ne t’a t’il pas laissé voir mes souffrances?

Et faut-il que ma bouche fière les confesse avec l’humilité du pauvre?

Oh! Cette bouche est bien trop fière et ne sait qu’embrasser et railler.

Elle peut lancer le sarcasme tandis que je meurs de douleur.

 

My pale face

Has my pale face not shown you my suffering?

And must my proud mouth confess it with a poor man’s humility?

Oh! This mouth is much too proud and it knows only how to kiss and mock.

It can let loose with derision while I die from pain.

 

8. Tu es telle qu’une fleur

Tu es telle qu’une fleur, si charmante, si belle et si pure

Je te contemple et la tristesse se glisse dans mon coeur.

Je crois que je devrais étendre mes mains sur ta tête et prier

Dieu qu’il te conserve si pure, si belle, si charmante.

 

You are like a flower

You are like a flower, so charming, so beautiful, and so pure,

I think about you and sadness steals into my heart.

I believe that I should place my hands upon your head and pray

God that he keep you so pure, so beautiful, so charming.

 

 

Trois Poèmes de Paul Valéry, opus 31 (1921–3)

Jesse Blumberg, baritone

 

9. L’insinuant­

O courbes, méandre,

Secrets du menteur,

Est-il art plus tendre

Que cette lenteur?

Je sais où je vais,

Je t’y veux conduire,

Mon dessein mauvais

N’est pas de te nuire.

(Quoi que souriante,

En pleine fierté,

Tant de liberté

La désoriente!)

O courbes, méandre,

Secrets du menteur,

Je veux faire attendre

Le mot le plus tendre.

 

The sly one

Oh curves, meandering,

A liar’s secrets,

Is there any art more gentle

Than this slowness?

I know where I am going,

I want to guide you there,

My wicked design

Is not to harm you.

(Though she smiles,

Full of pride,

Such freedom,

Disorients her!)

O curves, meandering,

A liar’s secrets,

I want to make her wait for

The tenderest word.

 

10. Intérieur

Une esclave aux longs yeux chargés de molles chaînes,

Change l’eau de mes fleurs, plonge aux glaces prochaines,

Au lit mystérieux prodigue ses doigts purs;

Elle met une femme au milieu de ces murs

Qui dans ma rêverie errant avec décence,

Passe entre mes regards sans briser leur absence,

Comme passe le verre au travers du soleil,

Et de la raison pure épargne l’appareil.

 

Interior

A slave with almond eyes weighed down by soft chains,

Changes the water for my flowers,

dives into the nearby mirrors,

Lavishes on the mysterious bed her pure fingers’ touch;

She sets within these walls a woman

Who, in my daydream, wandering discreetly,

Passes before my eyes without interrupting their blank gaze,

Just as glass is unharmed by the sunlight passing through it,

And leaves intact the apparatus of pure reason.

 

11. La Fausse morte

Humblement, tendrement, sur le tombeau charmant

Sur l’insensible monument

Que d’ombres, d’abandons et d’amour prodigués

Forme ta grâce fatiguée,

Je meurs, je meurs sur toi, je tombe, et je m’abats.

 

Mais à peine abbatu sur le sépulcre bas,

Dont la close étendue aux cendres me convie,

Cette morte apparente en qui revient la vie,

Frémit, rouvre les yeux, m’illumine et me mord,

Et m’arrache toujours une nouvelle mort

Plus précieuse que la vie.

 

False Death

Humbly, tenderly, upon the charming tomb,

On the unfeeling monument

That your weary grace forms

From shadows, yieldings, and love all poured out

I die, I die upon you, I fall, and I collapse.

 

But scarcely sprawled upon this low sepulcher,

Whose narrow confines lead me to ashes,

This seemingly dead woman, to whom life returns,

Trembles, opens her eyes once more, shines upon me, and bites me,

Always snatching from me a new death,

More precious than life.

 

 

 

Deux poèmes d’Ho-Chi-Minh, opus 69 (1951)

William Burden, tenor

 

12. Je lis

Un oiseau sauvage se pose devant ma fenêtre

Je signe des ordres

Comme dans un étang des fleurs printanières

se mirent dans mon encrier

Victoire! annonce un courier qui arrive exténue.

Alors pensant à vous, j’écris ces vers

et vous les offre.

 

I read

A wild bird lands outside my window

I sign the orders,

As if in a pond, the spring flowers

are reflected in my inkwell.

“Victory!” announces a messenger, arriving exhausted.

Now, thinking of you, I write these verses

            and offer them to you.

 

13. Nuit d’automne

Tard dans le nuit je médite des plans

Pour le moment j’ai un peu de loisir

Le vent d’automne, la pluie d’automne

Annoncent le froid de l‘automne

Soudain j’entends, parmi l’automne,

Dans les montagnes d’en face, sonner le cor.

Les partisans sont déjà de retour[CC1] .

Ma tasse, pourtant, n’est pas encore vide.

 

Autumn night

Late at night, I ponder my maps

For a moment, I have a little spare time

The autumn wind, the autumn rain,

Announce the autumn chill.

Suddenly I hear, through the autumn air,

In the mountains across from me, the horn sound.

The partisans are already back.

My cup, however, is no longer empty.

 

 

Cantate de la rose et de l’amour, Louis Emié, opus 104a (1965)

Adriana Zabala, mezzo-soprano

 

14. A. Introduction . . .

Une rose a pris pour visage

Le visage qu’elle a perdu

Dans cet épuisant paysage

Que l’amour seul peut mettre à nu.

 

A rose has taken for a face

The face she lost

In this exhausting landscape,

Which love alone can expose.

 

15.

Une rose n’est qu’une rose

Mais, par la grâce du matin,

Elle est la grâce qui dispose

D’un sort plus beau que son destin.

 

A rose is nothing but a rose

But, by the grace of morning,

She is the grace that arranges

An outcome more beautiful than her destiny.

 

16.

Une rose de crépuscule

Hésite, entre matin et soir,

À donner le nom qui la brûle

À ceux qu’elle aime sans les voir

 

A twilight rose

Hesitates, between morning and evening,

To give the name that burns her

To those she loves blindly.

 

17.

Une rose qui s’émerveille

D’être rose dès le matin

S’étonne qu’une même abeille

Soit du même or que son butin.

 

A rose that marvels

At being pink since morning

Is astonished that a bee itself

Is the same gold as its haul of pollen.

 

18.

Une rose qui désespère

N’est jamais que rose d’un jour

Mais toi, rose de la colère,

Tu n’es que flammes sans retour

 

A rose that despairs

Is never more than rose for a day.

But you, rose of rage,

Are nothing but unrequited flames.

 

19.

Une rose à d’autres ressemble

Mais pour battre d’un même coeur

Elle doit trembler quand je tremble

Même si rien ne nous fait peur.

 

A rose resembles other roses

But to beat with the same heart

She must tremble when I tremble

Even if nothing frightens us.

 

20.

Une rose, cette innocence, cette extase

Ce flamboiement

A deviné ce que je pense

Quand je pense que tout lui ment.

 

A rose, this innocence, this ecstasy,

This blazing,

Has divined what I am thinking

When I think that everything lies to her.

 

21.

Une rose, même d’automne

Exhale en un même soupir

Les soupirs d’un coeur qui s’étonne

De battre encore sans en mourir.

 

A rose, even in autumn,

Exhales in a single sigh

The sighs of a heart that is amazed

To beat again without dying thereby.

 

22.

Une rose vient de me dire

Que le ciel n’est jamais trop bleu

Pour avoir, même s’il délire

Le secret de nous dire adieu.

 

A rose has just told me

That the sky is never too blue

To know, even in rapture,

The secret of how to bid us farewell.

 

23.

Une rose toujours se cache

Dans l’ombre amoureuse du soir

Mais cette ombre veut qu’elle sache

Qu’une ombre l’aime sans la voir.

 

A rose always hides

In the loving shadow of evening

But this shadow wants her to know

That a shadow loves her blindly.

 

24.

Une rose, cette étincelle,

Dans celle de la matinée

Quatre saisons a choise celle

Qui ne vous sera pas donnée.

 

A rose, this gleaming flash,

In the shimmer of morning,

Four seasons have chosen her

The one who will not be given to you.

 

25.

Une rose rouge m’accable

Du remords d’avoir transpercé

Le même coeur invulnérable,

Mais par lui seul toujours blessé.

 

A red rose overwhelms me,

With remorse for having stabbed

That very heart, invulnerable

But by itself alone always wounded.

 

26.

Une rose ne ressuscite

Du plus périssable matin

Que si le jour renaît plus vite

De son édénique jardin.

 

A rose does not recover

From the most ephemeral morning

Unless the day is reborn faster still

From her edenic garden.

 

27.

Une rose: un coeur se divise

En d’innombrables battements

Mais le seul qui le dépayse

Dépayse aussi mes tourments.

 

A rose: a heart divides

Into countless beats,

But the only one that disorients it

Disorients my torments too.

 

28. . . . Z. Coda

Une rose, ma confiance,

N’a d’autre espoir sur cette mer

Qu’en l’anneau d’or qui me fiance

Au seul d’amour dont je suis fier.

 

A rose, my confidante,

Has no other hope on this sea,

Than the ring of gold that betroths me,

To the only love I am proud of.

 

 

Quatre stances de Jean Moréas, opus 45 (1935)

William Burden, tenor

 

29. Belle lune d’argent

Belle lune d’argent, j’aime à te voir briller

Sur les mâts inégaux d’un port plein de paresse,

Et je rêve bien mieux quand ton rayon caresse,

Dans un vieux parc, le marbre où je viens m’appuyer.

 

J’aime ton jeune éclat et tes beautés fanées,

Tu me plais sur un lac, sur un sable argentin,

Et dans la vaste nuit de la plaine sans fin,

Et dans mon cher Paris, au bout des cheminées.

 

Beautiful silver moon

Beautiful silver moon, I love to see you shine

On the uneven masts in the oh-so-lazy harbor,

And I dream much better when your beam caresses,

In an old park, the marble on which I come to lean.

 

I love your youthful radiance and your faded beauties,

You please me, shining on the lake, on silvery sand,

And in the vast night of the endless plain,

And in my beloved Paris, on the chimney tops.

 

30. Roses, en bracelet . . .

Roses, en bracelet autour du tronc de l’arbre,

Sur le mur, en rideau,

Svelte parure au bord de la vasque de marbre

D’où s’élance un jet d’eau,

 

Roses, je veux encore tresser quelque couronne

Avec votre beauté,

Et comme un jeune avril embellir mon automne

Au bout de mon été.

 

A bracelet of roses

Roses, as a bracelet around the tree trunk,

On the wall, a curtain,

Delicate parure around the marble basin

Where a fountain’s jet shoots up.

 

Roses, I want once more to weave some crown

With your beauty,

And like a young April, to decorate my autumn

At my summer’s end.

 

31. Quand reviendra l’automne

Quand reviendra l’automne avec les feuilles mortes

Qui couvriront l’étang du moulin ruiné,

Quand le vent remplira le trou béant des portes

Et l’inutile espace où la meule a tourné,

 

Je veux aller encor m’asseoir sur cette borne,

Contre le mur tissé d’un vieux lierre vermeil,

Et regarder longtemps dans l’eau glacée et morne

S’éteindre mon image et le pâle soleil.

 

When autumn returns

When autumn returns with the dead leaves

That will cover the pond by the ruined mill,

When the wind fills the doorways’ yawning gaps

And the useless space where the mill turned,

 

I want to go once more to sit on that boundary stone,

Against the wall woven over with old bronze ivy,

And, gazing long into the icy, dismal water,

Watch my reflection and the pale sun fade away.

 

32. Eau printanière

Eau printanière, pluie harmonieuse et douce

Autant qu’une rigole à travers le verger

Et plus que l’arrosoir balancé sur la mousse,

Comme tu prends mon coeur dans ton réseau léger!

 

Water of spring

Springtime waters, rain as harmonious and sweet

As a rivulet through an orchard

And more than the watering-can sprinkling the moss,
How you capture my heart in your light web!

 

 

33. Grève de la Faim, Nazim Hikmet, opus 64, (1950)

Jesse Blumberg, baritone

Mes frères,

Si je n’arrive pas à vous dire correctement

Ce que j’ai à vous dire

Vous m’en excuserez,

Je suis gris, la tête me tourne légèrement,

Pas de raki.

De faim, un tout petit peu.

 

Mes frères,

Ceux d’Europe, ceux d’Asie, ceux d’Amérique,

Je ne suis ni en prison, ni en grève de la faim,

En ce mois de mai, je suis couché sur le gazon, la nuit,

Vos yeux sont tout près de ma tête, luisant comme des étoiles,

Et vois mains, une seule main dans ma poignée,

Comme celle de ma mère

Comme celle de la bien aimée,

Comme celle de la vie.

 

Mes frères,

Vous ne m’avez d’ailleurs jamais abandonné,

Ni moi, ni mon pays, ni mon peuple.

Autant que j’aime les vôtres

Vous aimez les miens, je le sais.

Merci, frères, merci.

 

Mes frères,

Je n’ai pais l’intention de mourir.

Si je suis assassiné

Je continuerai à vivre parmi vous, je le sais:

Je serai dans le vers d’Aragon

—Dans son vers qui raconte les beaux jours à venir—

Je serai dans le pigeon blanc de Picasso,

Je serai dans les chansons de Robeson

Et surtout

Et le plus beau:

Je serai dans le rire victorieux de mon camarade,

Parmi les dockers de Marseille.

Pour vous dire la vérité, mes frères,

Je suis heureux, heureux à toute bride.

 

Hunger Strike

My brothers,

If I don’t manage to say to you correctly

All that I have to say to you,

Please excuse me,

I’m drunk, my head is spinning slightly,

Not from raki.

From hunger, a tiny bit.

 

My brothers, 

Those in Europe, in Asia, in America,

I am neither in prison, nor on hunger strike

In this month of May, I am lying on the grass, at night,

Your eyes are very close to my head, shining like stars,

And your hands, a single hand in mine,

Like the hand of my mother,

Like the hand of the beloved,

Like the hand of life.

 

My brothers,

You have moreover never abandoned me,

Neither me, nor my country, nor my people.

As much as I love yours,

You love mine, I know that.

Thank you, brothers, thank you.

 

My brothers,

I have no intention of dying. 

If I am murdered,

I will continue to live among you, I know that:

I will be in the poems of Aragon—

In his lines that describe the beautiful days to come—

I will be in Picasso’s white pigeon

And in Robeson’s songs

And especially,

And most beautifully:

I’ll be in the victorious laughter of my comrade,

Among the dockers of Marseille.

To tell you the truth, my brothers,

I’m happy, as happy as can be.

 

 

34. “Une Femme du Sud Chante,” Langston Hughes, opus 65 (1950)

Sidney Outlaw, baritone

Miss Gardner est dans son jardin.

Miss Yardman est dans sa cour.

Miss Michaelmas est à la messe

            Et je suis fatiguée!

            Dieu!

            Ce que je suis fatiguée!

Les nations elles se combattent

Les nations se mettent d’accord.

Parfois je pense que les blancs

Ne valent pas pipette

            Non, Madame!

Ne valent pas pipette.

La semaine passée ils ont lynché

            un garçon de couleur

Ils l’ont pendu à un arbre.

Ce garçon de couleur n’avait rien dit du tout

Sauf que nous devrions tous être libres.

            Oui, Madame!

Nous devrions tous être libres.

Ca n’a pas de sens d’être maboul

Et ça n’a pas de sens d’être chic

Mais parfois je pense que les blancs

N’ont tout simplement pas de coeur.

            Non, madame!

N’ont tout simplement pas de coeur

 

Southern Mammy Sings

Miss Gardner’s in de garden,
Miss Yardman’s in de yard,
Miss Michaelmas is at de mass
And I am gettin’ tired!
            Lawd!
            I am gettin’ tired.
They nations they is fightin’
And the nations they done fit.
Sometimes I think that white folks
Ain’t worth a little bit,
            No, m’am!
Ain’t worth a little bit.
Last week they lynched

            a colored boy.
They hung him to a tree.
That colored boy ain’t said a thing
But we all should be free.
            Yes, m’am!
We all should be free.
Not meanin’ to be sassy
And not meanin’ to be smart –
But sometimes I think that white folks
Just ain’t got no heart.
            No, m’am!
Just ain’t got no heart.

 

 

Trois Poèmes de Paul Éluard, opus 74a (1952–3)

Jesse Blumberg, baritone

 

35. Bonne Justice

C’est la chaude loi des hommes

Du raisin ils font du vin

Du charbon ils font du feu

Des baisers ils font des hommes.

 

C’est la dure loi des hommes

Se garder intact malgré

Les guerres et la misère

Malgré les dangers de mort.

 

C’est la douce loi des hommes

De changer l’eau en lumière

Le rêve en réalité

Et les ennemis en frères.

 

Une loi vieille et nouvelle

Qui va se perfectionnant

Du fond du coeur de l’enfant

Jusqu’à la raison suprême.

 

Good Justice

This is the hot law of men

From grapes, they make wine

From coal, they make fire

From kisses, they make men.

 

This is the hard law of men

To remain whole despite

Wars and destitution

Despite the dangers of death

 

This is the sweet law of men

To change water into light

Dream into reality

And enemies into brothers.

 

A law old and new

That goes, growing ever more perfect,

From the depths of the child’s heart

To where reason reigns supreme.

 

36. Dit des Trieuses

Y a-t-il une justice?

Il n’y a pas de justice.

Il pourrait y en avoir une

Si nous la faisions nous-mêmes.

L’injustice a des mains d’or

D’or, les ongles et les jointures,

Et la paume pleine d’or,

D’or et d’ombre à étouffer.

Nous nos mains sont utiles

Nous frappons à la muraille

Nous voulons une justice

Et la muraille s’effondre.

Et nos mains justes vaincront

 

Song of the Sorters

Is there justice?

There is no justice.

There could be justice

If we made it ourselves.

Injustice has golden hands,

Golden nails and knuckles,

And palm filled with gold,

Gold and shadow for stifling.

But our hands are useful.

We strike the great wall

We want justice

And the great wall collapses.

And our just hands will overcome.

 

37. Des menaces à la victoire

Prends garde le miroir de la vie s’obscurcit

Le premier pas du sang une goutte de sang

Et la marche finale de la guerre et du sang

Du feu de la terreur des ruines du désert

La fin de l’homme sans raison

La fin de l’homme raisonnable

La mort la fin de la misère

La fin de l’oppression

 

Mais aussi la fin du possible

Il ne faut pas périr mais vivre

Sur les traces des pas d’un couple

L’herbe pousse les fleurs s’inscrivent

Et partout passent les hommes

On sent le printemps dans l’hiver

La rouille fond dans un baiser

La foule est une foule heureuse

Les enfants sont tout l’horizon

La Paix, la paix rajeunira les hommes

Nous ne songerons plus jamais à prendre garde

Printemps été pluie et soleil

Automne reposant hiver espoir violent

Et sur toute frontiere de l’espace et du temps

Rien que des hommes fraternels

Rien que la même aurore et le même couchant

Printemps été automne hiver

L’écho et le reflet de la vie infinite.

 

Threats to Victory

Beware—life’s mirror obscures

The first step of blood, a drop of blood

And the final march of war and blood

Of fire, of terror, of ruins, of abandoned places

The end of man without reason

The end of reasonable man

Death, the end of poverty,

The end of oppression

 

But also the end of the possible

We must not perish but live

In the footprints left by a couple

Grass grows, flowers appear

And people passes by everywhere,

You feel spring in the winter

Rust melts in a kiss

The crowd is a happy crowd

Children are the entire horizon

Peace, peace will renew humankind

We will never again have to think of being wary

Spring summer rain and sun

Autumn resting, winter violent hope

And on every frontier of space and time

Nothing but brotherhood

Nothing but the same dawn and the same sunset

Springs summer autumn winter

The echo and reflection of infinite life

 

 

Quatre poèmes de Minuit, Gabriel Audisio, opus 47 (1944)

Sidney Outlaw, baritone

 

38. Ma haine

Grossis-toi dans mon coeur

            ô fruit majestueux, ma haine!

Un chien hurle en tirant sur nos chaînes.

ô fruit majestueux, tueux, tuant, tueur!

Nous les tuerons, vos chiens,

            et jusqu’au fond des yeux

Nous vous tuerons, vous, chiens!

            Jusqu’au fond des memoires.

 

My hatred

Grow in my heart,

            o majestic fruit, my hatred!

A dog howls, pulling at our chains,

O majestic fruit, killer, killer, killer!

We will kill them, your dogs,

            and to the depths of their eyes

We will kill you, you dogs!

            To the deepest memory.

 

39. Les deux lumières

Je m’en réjouis parfois pour le bien de mon âme.

Dans la nuit du cachot j’ai vu ces deux lumières:

Le courage et la fraternité,

O victime, le bourreau qui vous tue,

            fait renaître des hommes.

 

The two lights

I welcome it sometimes for the good of my soul.

At night in the prison cell I have seen two lights:

Courage and brotherhood,

O victim, the executioner who kills you

            gives rebirth to men.

 

40. Malédiction

Malheur sur vos maisons et jusqu’aux funérailles

Malheur sur vos saisons dans leur éternité

Le malheur des prisons où nous avons été

Le malheur des malheurs au fond de nos entrailles.

 

Curse

A curse on your homes and on your very funerals,

A curse on your seasons in their eternity,

A curse of the prisons where we were held

The curse of all curses in the depths of our guts.

 

41. Leurs noms bénis

On ne les connait pas,

Mémoire, ceux qui meurent

Du silence tombant au fond des in-pace

Demain leurs noms bénis seront

            milliers d’oiseaux

Sur la margelle de bouquet des trépassés.

 

Their blessed names

They are not known,

Memory, those who die

From the silence falling in the depths of the prayers for rest

Tomorrow their blessed names will be

thousands of birds

Perched on the edge of bouquets for the dead.

 

 

Translations from the French by Steven Jude Tietjen; except Cantate de la rose et de l’amour, translation by Christopher Caines. Texts and translations edited by Jocelyn Dueck and Christopher Caines.